Précieux petit bout de papier…

Parfois, elle est très attendue, désirée, anticipée.

D’autres fois, elle est redoutée, malaimée, contestée.

Parfois, elle est ignorée, cachée, négligée.

D’autres fois, elle est perdue, tachée de sang ou de café.

Et lorsqu’elle franchit la frontière du comptoir de la pharmacie, l’histoire se poursuit.

Parfois, elle est bienvenue et appréciée.

D’autres fois, elle sème la panique et la confusion.

Parfois, elle est illisible, effacée, incomplète.

D’autres fois, elle est hautement élaborée et détaillée.

Finalement, une fois entre les mains du pharmacien, elle se fera regardée d’un autre oeil.

Parfois elle sera jugée toute indiquée, adéquate, optimale.

D’autres fois, elle sera dite problématique, contre-indiquée, inappropriée.

Derrière chaque prescription, il y a une histoire. D’abord, c’est votre histoire.

Une nuit blanche à l’urgence. Une otite qui fait pleurer votre enfant. Votre pression qui vous rappelle que votre grand-père est décédé d’infarctus.

Votre ordonnance, c’est aussi le symbole de votre histoire qui vient croiser la mienne. C’est là que je deviens, pendant un instant, votre acolyte, et que je tente de faire une différence. Le médicament est en rupture de stock. Une interaction complique les choses. Il est 18 heures et c’est l’heure de pointe; ça sera un peu long… mais on y arrivera.

Je suis Robin, mais vous êtes Batman. © Batman and Robin 1966

Cette histoire se répète des millions de fois, chaque année, à travers tout le pays. Mais dans le système de santé complexe d’aujourd’hui, le temps serait-il venu de repenser ce précieux bout de papier?

Regardons quelques chiffres

…..

4 millions

Selon une étude, c’est le nombre de Canadiens qui perdent ou endommagent une prescription chaque année.

…..

30%

C’est le pourcentage de Canadiens, selon une autre étude, pour qui il est déjà arrivé de ne pas prendre complètement – ou de ne pas prendre du tout – un traitement prescrit par un médecin. Les données ventilées pour le Québec sont très similaires.

……

51%

C’est le pourcentage, parmi ceux-ci, pour qui la raison de cette inobservance était la crainte que le médicament ne marche pas ou bien le doute qu’il était vraiment nécessaire.

…..

15%

C’est le pourcentage, toujours parmi ceux-ci, pour qui la raison de ne pas remettre l’ordonnance était la crainte que le médicament empire la situation.

…..

Dans tout ces cas, l’histoire ne se finit pas aussi bien. Et le pharmacien n’a pas eu l’occasion de faire une différence.

Imaginons que je reçoive, en temps réel, votre ordonnance, dès que votre médecin la complète dans son DMÉ (dossier médical électronique). Je pourrais…

  • capter une allergie ou un interaction sur le champ et envoyer une notification à votre médecin;
  • préparer votre médicament plus rapidement et vous éviter l’attente en pharmacie;
  • constater, le cas échéant, que vous ne venez PAS chercher votre médicament, et adresser vos questions et/ou inquiétudes;
  • rechercher la meilleure alternative à votre traitement si celui-ci est en rupture de stock;
  • aviser votre médecin que votre traitement n’est pas couvert par votre régime d’assurance, avant qu’il ne quitte son bureau;
  • éviter de vous faire attendre pour une raison aussi banale qu’un chiffre ou une signature illisible;
  • sécuriser le processus de distribution des narcotiques (crise des opioïdes) et médicaments contrôlés en évitant complètement les ordonnances falsifiées;
  • analyser le besoin de vous suggérer ou prescrire un médicament complémentaire (antiacide, vitamine, laxatif);
  • et bien plus…

Je n’ai aucun doute que la santé de la population s’en verrait grandement améliorée… sans qu’aucune percée médicale ne soit nécessaire.

Les outils technologiques existent: le système PrescripTIon du gouvernement fédéral, le DSQ du gouvernement provincial, le gestionnaire de renouvellement de Telus pour n’en nommer que quelques uns. Voilà bien des initiatives, mais sur le terrain, aucune d’entre-elles ne peut se vanter d’avoir une réelle traction. C’est le statu quo: pads de prescriptions volés, signatures illisibles, ordonnances disparues ou ignorées, problèmes réglés sur le tasrush de 18 heures, etc…

Implanter la transmission électronique des ordonnances est un défi de taille. Mais dans une ère où même les garagistes osent poser leurs doigts huileux sur un clavier d’ordinateur pour me confirmer un rendez-vous ou détailler les « soins » requis pour la « santé » de mon véhicule, il est grand temps que nous nous y mettions.

Des patients nés en l’an 2000 – donc des adultes majeurs et vaccinés – nous consultent aujourd’hui et sont témoins du retard technologique majeur de notre système de santé. Je pense par exemple aux moments où je m’efforce à bien lire un échange de messages par fax entre le médecin et moi même… Que j’aimerais être 15 ans plus jeune, pour un instant, et me voir de l’extérieur! Vaut mieux en rire qu’en pleurer, non?

Un Docteur écrivant une prescription – vu par un patient de 18 ans. © Flinstones
A propos de Maxime B.-Roy 33 Articles
Pharmacien et passionné de santé, psychologie, alimentation et techno! Je me plais à y trouver un fil conducteur!

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