Et si la bouffe était privatisée?

Cet automne, le cannabis sera légalement vendu dans les sociétés de la SQDC. La SAQ exerce un monopole sur la distribution de l’alcool au Québec. Les produits du tabac sont également soumis à des règles strictes concernant leur vente. Même les médicaments pourraient un jour être gérés, payés et distribués de façon centralisée, si on s’en remet au projet Pharma-Québec.

Pensons-y; quelles sont les raisons et motivations qui mènent notre gouvernement à créer des monopoles de ce genre?

  • La sécurité du public
  • L’encadrement de la vente
  • Le contrôle sur la qualité et l’usage

Alors pourquoi ne pas privatiser la nourriture?

Pourquoi est-ce que le gouvernement ne prendrait pas le contrôle de toute la bouffe qui se vend, de la même façon que pour ces autres substances?

Après tout, la malnutrition serait la cause d’un décès sur 5, selon une étude publiée dans The Lancet.  Mal s’alimenter est une cause majeure de diabète, de maladie cardiovasculaire et de cancer. Suivant la même logique, ne serait-il pas cohérent que l’état exerce un contrôle sur ce qui peut être vendu, dans quelles conditions, en quelles quantités et à quel prix?

Sandwich trop épais? Contravention!

C’est à cause du capitalisme, bien sûr.

Le capitalisme est une cible facile. Il est souvent critiqué. Parfois les critiques sont justifiées, mais parfois elles sont exagérées et condamnent vaguement les multinationales pour tout le malheur sur la planète.

Malgré tout, il reste le meilleur système. Pourquoi? Parce que grâce à lui, les entreprises n’ont jamais cessé d’innover et d’élargir l’offre globale de biens et services.

Le capitalisme a survolté l’industrie alimentaire

Je suis bien heureux et reconnaissant de pouvoir me procurer, pour un prix plus que raisonnable, du thé japonais, des raisons de Californie, du café brésilien et des bananes de l’équateur. Sans des entrepreneurs chevronnés qui se sont risqués à développer ces marchés au cours des 2 derniers siècles, rien de ceci ne serait possible aujourd’hui. Sans eux, je devrais probablement subsister sur du pâté chinois et de jus de pomme.

Ce commerce international se fait parfois au détriment de l’environnement et pas toujours dans le plein respect des droits des travailleurs. Je tente d’encourager les producteurs locaux et de consommer intelligemment.

Mais les progrès utiles sont derrière nous

Les réseaux de distribution alimentaire et les technologies agricoles modernes suffisent amplement à me fournir tout ce donc j’ai besoin ou envie. Les infrastructures alimentaires sont bien en place et, contrairement à autrefois, le capitalisme n’engendre plus autant d’innovations intéressantes dans le domaine agro-alimentaire. Il ne semble plus y avoir autant de possibilité d’avancement pour cette industrie. Nous avons déjà accès à tous les aliments et sommes servis par une industrie de transformation performante. Donc, afin de continuer à faire croître leurs profits, les entreprises agro-alimentaires se tournent plutôt vers l’augmentation de la transformation alimentaire.

Autrement dit, ils fabriquent plus de cochonneries, et plus de sortes différentes de cochonneries.

Ce n’est pas avec plus de cargaisons de bananes que DOLE fera plus d’argent. C’est plutôt en développant un super-méga-santé jus de bananes et en le vendant 4,99$ que le profit s’accumulera. (Sérieusement, je me fis à la popularité du sirop d’amoxicilline aux bananes auprès des enfants, le marché du jus de bananes est sous-exploité!).

Le problème dans tout ça est que le super-méga-santé jus de bananes fictif en question n’est pas vraiment super-méga-santé. Il est beaucoup plus cher qu’une banane, plus faible en fibre et fait hausser la glycémie plus rapidement, ce qui contribue à la résistance à l’insuline. Donc, l’innovation en nutrition n’est plus, et ne sera plus jamais, la clé vers une population mieux nourrie et plus en santé. (Sauf peut-être dans les pays où sévit encore la famine.) Au contraire, le retour vers une alimentation moins transformée est souhaitable. C’est d’ailleurs le thème de plusieurs livres donc ceux-ci: 100 Million Years of Food, Deep Nutrition ou N’avalez pas tout ce qu’on dit, le récent livre du nutritionniste urbain.

Super mega smoothie commercial… Bien souvent, vaut mieux opter pour une banane!

Bref,

  • La nourriture peut donc causer la maladie, lorsque mal utilisée.
  • L‘innovation n’est plus très utile et tend à ne pas être bonne pour la santé…
  • Les compagnies agro-alimentaires véhiculent beaucoup de mauvaise information sur leurs nouveaux produits, en plus d’enlever plus de dollars de nos poches pour des aliments à valeur nutritive égale ou moindre.
  • Bien des gens manques de connaissances et n’ont pas idée de combien et comment il faut manger pour optimiser sa santé.
  • En plus, la clientèle visée par l’industrie agro-alimentaire, c’est-à-dire tout le monde, est complètement et génétiquement vulnérable à surconsommer.

Quelle est la rationnelle pour privatiser le cannabis, mais pas la bouffe alors?

Il est clair que l’objet en question est dangereux et que le sujet en question est vulnérable.

Je suis bien conscient que le marché dont il est question représente des milliards de dollars, et que les lobbys les plus puissants du monde défendent les intérêts concernés. Mais s’il n’était pas question d’argent et que la décision se prenait sur la base de la santé, la sécurité, le contrôle et l’encadrement, ne serait-il pas logique d’accorder un traitement similaire à la nourriture qu’au cannabis, à l’alcool ou aux médicaments, en les soumettant à des règles strictes? De mettre des images d’artères bloquées sur la malbouffe et d’en limiter la quantité? De faire déambuler des conseillers alimentaires dans les supermarchés?

Il me semble qu’il y a beaucoup en jeu pour le consommateur. Mais encore… à l’aube des premiers joints légaux, ça serait peut-être les « trips de bouffe » qui deviendrait punissables si les Doritos étaient illégales… On ne peut pas tout avoir!

 

A propos de Maxime B.-Roy 36 Articles
Pharmacien et passionné de santé, psychologie, alimentation et techno! Je me plais à y trouver un fil conducteur!

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