Tout ce que j’aurais aimé dire à mon professeur de sixième année.

Créateur d’effets spéciaux. Beatmaker. Biochimiste. Chercheur pour l’industrie pharmaceutique. Programmeur informatique. Pharmacien. Médecin spécialiste en médecine interne. Puis beatmaker encore. Ensuite, pharmacien propriétaire de 10 pharmacies.

Puis pharmacien co-propriétaire d’une pharmacie, bien fier d’être établi en plein centre de la ville d’où je viens et où je vis… mais ce n’est pas fini. En fait, j’espère que ça ne finira jamais.

Voilà un bref résumé, en ordre chronologique, des carrières auxquelles j’ai rêvées et que j’ai entreprises au fil des 15 dernières années

« Quand vous êtes au milieu d’une histoire, ce n’est pas une histoire du tout, mais seulement une confusion […]. C’est seulement par la suite que ça devient une histoire. Lorsque l’on est rendu à se la raconter à soi-même, ou à quelqu’un d’autre. »

-Margaret Atwood, Alias Grace (histoire d’une meurtrière ayant tout oublié de son histoire, maintenant produite à la télé sur Netlfix)

Retour en arrière

Je m’ennuie de travailler dehors comme au primaire… à moins que ce soit un décors?

Dès l’école primaire, on nous demande ce qu’on veut faire comme travail plus tard. N’est-ce pas un peu injuste de nous poser la plus importante question de notre vie, alors que nous n’avons même pas conscience de la vaste étendue des réponses possibles? Certes, les occasions de se ré-orienter sont nombreuses au cours d’une vie. Mais dès que mon professeur de sixième année m’a demandé mon film préféré, mon plat favori et ce que je voulais faire plus part, je n’ai eu d’autre choix que de me forger une réponse qui ferait à jamais partie de ma définition de moi-même. (Mes réponses étaient: Toy Story, la lasagne, et créateur d’effets spéciaux)

Je dirais même plus.

Cette question n’a même plus lieu d’être… Elle est obsolète.

D’où vient cette nécessité de se définir par un emploi précis? La révolution industrielle a généré des emplois à la description de tâches extrêmement rigide. Un travailleur d’usine n’avait pas besoin d’être polyvalent, mais sa tâche se devait d’être répétée avec fiabilité et rigueur. Nos grands-parents et parents ont connu cette époque où l’on pouvait vivre une longue et lucrative carrière en répétant les quelques mêmes tâches.

Même au début du siècle, c’était encore le cas. Les grosses entreprises et les sociétés d’état sont clairement divisés en département aux tâches distinctes. Les vendeurs vendent, les gestionnaires gèrent, les ressources humaines embauchent, le marketing fait la pub, les TI branchent les fils, le service à la clientèle répond au téléphone, etc… Et que personne n’osent faire le travail d’un autre!

Pour ma part, en 2018, mon travail consiste en un beau mélange de tout ça… et je ne suis certainement pas le seul. Si le Québec est le royaume des PME, il doit y avoir beaucoup d’autres personnes qui vivent des journées semblables aux miennes!

Même les salariés ont la vie bien différente. Les attentes et les exigences de chaque poste sont beaucoup plus élevées qu’autrefois. La polyvalence est sans doute une des caractéristiques les plus recherchées, et les CV que je reçois en font foi. Le vendeur doit être un bon leader, assurer le service après-vente et promouvoir ses produits et services sur les réseaux sociaux. Le service à la clientèle doit vendre des extras et avoir des connaissances informatiques intermédiaires. Les RH font les entrevues, mais doivent avoir le client en tête!

Les postes que nos parents ont connus ont laissé place à des emplois à la définition de tâche beaucoup plus variées et ma génération semble parfois s’y perdre un peu. Pas étonnant que la durée d’un emploi moyen entre 25 et 34 ans soit de 3,2 ans.

Mon bout de chemin

Je suis aujourd’hui pharmacien propriétaire depuis 5 ans et bien fier de servir ma communauté. Je suis également reconnaissant de la chance que j’ai eu de pouvoir acheter une pharmacie et m’épanouir dans ce rôle. Il m’arrive néanmoins de me demander ce que je répondrais à mon professeur de sixième année s’il me posait à nouveau la question aujourd’hui. Car le monde du travail est devenu bien trop vaste et complexe pour s’en tenir à une ligne.

J’ai une soif de créer que j’assouvis en écrivant mon blogue SansOrdonnance.ca. Un intérêt pour la technologie qui m’a fait ouvrir les yeux sur de nouvelles avenues pour la distribution de médicaments et mené à faire des vidéos-conseils sur PharmaVideo.ca. Et une vive envie de créer de la valeur, de la richesse et de participer à ma communauté qui me mène à veiller attentivement sur mes affaires, la finance et suivre la croissance de ma ville. Une passion pour la santé, l’alimentation, la psychologie et le bien-être qui me mène à avoir des discussions parfois inattendues avec mes clients et mes proches.

Je ne sais pas quand, quoi et comment sera le prochain tournant de ma carrière. Chose certaine, ça ne rentrera jamais sur le bout de ligne que mon professeur de sixième année avec tracé sur sa feuille.

Est-ce une bonne chose? Je ne sais pas. C’est certainement le résultat de l’environnement en pleine transformation dans lequel ma génération évolue.

A propos de Maxime B.-Roy 33 Articles
Pharmacien et passionné de santé, psychologie, alimentation et techno! Je me plais à y trouver un fil conducteur!

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