Biohacking simplifié… jusqu’où irez-vous?

Un peu d’histoire

Nos parents et grand-parents ont travaillé sans relâche pour bâtir la société d’aujourd’hui. Grace à eux, nous profitons aujourd’hui d’un confort et de technologies qui nous rendent la vie plus facile… ou est-ce bien le cas?

Le déclin du secteur manufacturier.

Le secteur manufacturier est en constant déclin depuis les années 50. De moins en moins d’entre-nous gagnons notre pain à la sueur de notre front. C’est bien tant mieux; je suis le premier à profiter de ma pharmacie climatisée et de mon tapis en mousse mémoire.

Ne nous faisons pas d’illusions: rien n’est gratuit et ce confort a un prix. Assailli de toutes parts par nos ordinateurs, iPhones, notifications et courriels sans fin, c’est notre cerveau qui est aujourd’hui la victime de notre style de vie. Sans compter le stress, le manque de sommeil, d’exercice et de nutrition adéquate. Nous nous retrouvons, dans bien des cas, en moins bonne forme physique que nos grand-parents au même âge.

Le chaîne de travail, d’hier à aujourd’hui. Ma pharmacie est bien douillette!

Biohacking: la solution aux problèmes d’aujourd’hui?

Ainsi, la société nous encourage à être plus performant dans un environnement truffé de distractions et de tentations. En réponse à cette demande est né un mouvement bien propre à notre génération: le biohacking*, que l’on peut décrire comme la prise de contrôle de sa propre biologie afin d’être à son meilleur. Plus précisément, les buts recherchés par ses adeptes sont

  1. Augmenter ses capacités cérébrales;
  2. Augmenter ses capacités physiques;
  3. Augmenter sa longévité.

C’est donc de vouloir être plus intelligent, plus fort et ce pour plus longtemps. Qui n’accepterait pas une telle proposition? Là où les opinions divergent, c’est jusqu’où aller pour y parvenir. Certains sont prêts à aller très loin pour atteindre leurs objectifs!

Voici une revue non-exhaustive du sujet, teinté par ma vision de pharmacien… et par le gros bon sens!

Transfusions

Un peu de sang de jeune pour se revigorer? Cette pratique, issue de la Sillicon Valley californienne (le domicile de nombreux millionnaires de l’Internet), est basée sur le principe que des cellules de jeunes adultes (18 à 25 ans) permettraient aux vieux millionnaires de se payer une cure de jeunesse! Un petit 8000$ bien investi?

Pour le moment, les preuves ne soutiennent pas cette technique vampiresque, et même si c’était le cas…

Tests génétiques et biométriques

Savoir d’avance quels gênes vous ralentissent ou vous mettent à risque de certaines maladies: c’est possible dès aujourd’hui via des entreprises telles que Biogeniq ou 23andme.

Par exemple, une mutation d’un gène nommé MTHFR peut ralentir une voie métabolique importante qui active l’acide folique (ou vitamine B9) afin qu’elle soit utile pour nos cellules. Cette même voie fabrique le glutathion, une protéine ayant des rôles importants via ses effets protecteurs et antioxydants. Dans ce cas, des suppléments de vitamines activés (méthylés) pourraient faire une différence.

D’autre part, les appareils biométriques (Fitbit, Apple Watch, Oura Ring et applications diverses) permettent d’accumuler des informations variées sur vos mouvements, votre sommeil, votre fréquence cardiaque et bien plus. Le tout est très intéressant et sans aucun risque… sauf celui de dépenser quelques centaines de dollars pour, au bout du compte, ne pas changer grand chose à vos habitudes!

Ces tests me laissent perplexes. L’homéostasie de notre corps est déjà l’ordinateur le plus puissant qui soit. En temps réel, tout est analysé et ajusté. Pour biohacker en douceur, il faut seulement lui fournir tout ce dont il a de besoin, et ne pas lui nuire. Certains tests peuvent donner de l’information très intéressante, et le futur nous amènera surement de belles surprises. Mais quelqu’un à l’écoute de son corps et ayant un style de vie adéquat n’aura, la plupart du temps, peu ou pas d’ajustements ciblés à faire.

Médicaments d’ordonnance

Le phénomène du biohacking a popularisé des médicaments d’ordonnance tels que le Vyvanse (Lisdexamphétamine), Adderall (amphétamine), Alertec (modafinil) pour leurs effets sur l’attention et les performances cognitives. Ces médicaments ont des effets indésirables et des potentiels d’abus qui ne justifient pas un tel usage. En tant que pharmacien, je suis particulièrement critique de l’usage inapproprié des médicaments.

Le Glucophage (metformin), un médicament très populaire pour le diabète, est quant à lui à l’étude pour son effet « contre le vieillissement ». La FDA a bel et bien cité le vieillissement comme étant une maladie!

Non au mauvaise usage des médicaments. Consultez votre médecin si vous croyez vraiment avoir une condition médicale, comme un TDA. L’étude sur le metformin promet d’être bien intéressante, mais pour le moment, il est trop tôt pour en faire cet usage.

Jeûne intermittent

Pour la plupart d’entre nous, 3 repas par jour, c’est la norme. Cette abondance favorise les désordres métaboliques et l’apparition de maladies telles que le diabète. Or, les humains ont évolué dans un contexte ou l’absence de nourriture n’était pas rare. En conséquence, des mécanismes d’adaptation sont apparus et nous permettent de bonnes performances physiques et cognitives pendant des périodes de plusieurs heures, voir quelques jours, où l’apport en calories est nul ou presque. L’activation de ces mécanismes semblent protéger contre les maladies, les cancers et le vieillissement. Il existe différentes façons d’appliquer ce principe (jeûner de 20h à midi le lendemain, une journée complète par semaine ou 3 à 5 jours chaque trimestre).

Ce n’est définitivement pas pour tout le monde. Mais certains lundis matin, lorsque le frigo est vide et que le souper de la veille était copieux, je passe en dessous de la table… jusqu’au soir! L’impact est dur à mesurer, mais je suis persuadé, considérant notre évolution, qu’il ne faut pas laisser ces mécanismes d’adaptation rouiller en nous! De plus, un jeûne permet à notre corps de mieux répondre à l’insuline, ce qui a un effet protecteur contre le diabète.

Améliorer son sommeil

La sagesse qui m’a été inculquée en bas âge.

Dormir de 7 à 8 heures est sans doute le juste milieu à viser pour tous. Raccourcir ou allonger régulièrement ses nuits au delà de ces recommandations augmente le risque de mortalité de toute cause. De plus, un sommeil de qualité est lié à un meilleur apprentissage. Nos parents nous l’ont pourtant tous appris dès notre plus jeune âge, mais il semble que ce soit un art que l’on perd avec le temps.

C’est le défi de notre génération. Cependant, aucun aliment, médicament ni acharnement à une tâche ne peut remplacer une nuit de sommeil idéale, c’est à dire 6 cycles complets de 90 minutes… 7h30!

Mieux gérer son stress

Le stress peut être court et positif (un exercice intense) ou chronique et néfaste (angoisse au travail). Il peut être la cause ou le résultat d’un mauvais état de santé et de bien-être. Du coup, les recommandations et produits dérivés abondent: yoga, méditation, psychologue, mesure de la variance de la fréquence cardiaque… Autant d’options que vous avez de dollars à dépenser.

Trouver une façon bien à soi de gérer son stress et l’incorporer à son horaire sur une base régulière, sans se ruiner.

Mieux se nourrir

Il est difficile d’imaginer une facette de notre santé qui ne soit pas affectée par ce que l’on mange.

  • Trop de sucre ou de caféine cause de l’anxiété puis l’inévitable sugar-crash. Pas assez, et l’humeur en prend sur son coup;
  • Pas assez de fruits et de légumes mène à des carences en vitamines ou à un manque de fibres;
  • Des aliments transformés risquent de perturber nos hormones et neurotransmetteurs.

Et j’en passe… La performance au quotidien, autant que la santé à long terme, ça passe d’abord par la nutrition!

La façon la plus simple, efficace et délicieuse de biohacker, sans aucun doute!

Bouger plus

Ce n’est un secret pour personne que l’exercice permet une meilleure forme physique ainsi qu’une vie plus longue et en santé. Mais qu’en est-il des performances au travail ou à l’école?

Il est de plus en plus clair que l’exercice améliore la performance de notre cerveau via le BDNF. Cette protéine protège nos neurones et permet de meilleures connexions entre eux. Les exercices de type HIIT (entraînement par intervalle à haute intensité) est, d’après moi, la façon la plus facile d’intégrer des exercices efficaces à sa routine. Les vidéos de Fitness Blender sont très utiles pour savoir où commencer.

Lorsque possible, je m’entraîne, même si ce n’est que quelque minutes, chaque matin avant le travail. La constance est plus importante que l’intensité. J’utilise souvent les vidéos de Fitness Blender sur Youtube!

Suppléments

Dans le contexte du biohacking, le terme Nootropique est utilisé pour désigner les suppléments et substances pouvant aider à améliorer les capacités physiques et biologiques. Ceux-ci incluent les médicaments d’ordonnances discuté plus haut, mais aussi toute une classe de suppléments.

Certains suppléments et produits naturels peuvent aider dans la quête de performance sans effets secondaires notables. Les carences en vitamine D, en magnésium et en Oméga-3 ne sont pas rares. En fait, notre alimentation et notre style de vie ne permet probablement plus d’obtenir les niveaux requis de ceux-ci. Coeur, cerveau et système immunitaire souffriront tous en cas de carences: des suppléments de qualité et bien choisis sont donc une option à envisager.

Les suppléments de TCM (triglycérides à chaîne moyenne) sont également intéressants et sécuritaires. Ces gras peuvent être utilisés comme source d’énergie par notre cerveau, et plusieurs constatent une amélioration de leur performance cognitive (pensée plus claire, raisonnement et mémoire plus efficace). De plus, ils pourraient nous protéger contre le syndrome métabolique (obésité, hypertension, diabète).

Les 7 vitamines du complexe B ont des rôles variés, allant de la communication entre nos neurones à la production de l’énergie. Leur usage est sécuritaire à dose régulière.

D’autre molécules gagnent en popularité dans la communauté des biohackers. Par exemple, le Piracetam pourrait aider le cerveau à mieux processer l’information. Des compagnies telles que HVMN (auparavant appelée Nootrobox) ont rapidement flairé la bonne affaire et vendent des suppléments à gros prix qui se vantent de pouvoir faire de nous des surhumains! Il est cependant trop tôt pour les recommander plus largement car les risques d’un usage régulier de ces produits n’est pas bien connu.

La plupart des suppléments sont sécuritaires.. J’utilise le complexe B, les Omega-3, la vitamine D et le magnésium en rotation. J’essaye de maximiser les source naturelles (légumes, poissons, soleil) autant que possible. J’ajoute une cuillère à soupe d’huile de TCM dans mon café chaque matin. Parlez-en à votre pharmacien!

Quant à vous?

Certains entrepreneurs, comme Serge Faguet ou Dave Asprey, sont prêts à investir des centaines de milliers de dollars et prendre des risques pour atteindre des niveaux presque surhumains d’intellect et de performance. Jusqu’où êtes vous prêts à aller pour vous biohacker?

*À ma connaissance, le terme n’a pas été francisé et je ne crois pas que la traduction littérale « fouineur biologique » soit convenable!

A propos de Maxime B.-Roy 36 Articles
Pharmacien et passionné de santé, psychologie, alimentation et techno! Je me plais à y trouver un fil conducteur!

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